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lundi 5 mai 2014

Si quelqu’un te frappe sur une joue !



Avoir des amis est considéré comme un des plus grands bonheurs de l’existence, et c’est vrai, rien n’est plus précieux que de vrais amis. Seulement, voilà, le plus souvent ce n’est pas de vrais amis que l’on cherche, mais des alliés, afin d’être approuvé et soutenu quoi qu’on fasse. Connaissez-vous beaucoup de gens qui acceptent que leurs amis soient tout à fait sincères envers eux et ne les approuvent pas dans tous leurs actes et leurs paroles ? A la moindre critique, ils se sentent trahis et se fâchent. Si l’on veut gagner les faveurs de quelqu’un, il faut l’approuver, le complimenter, le flatter. C’est pourquoi, les uns refusant d’entendre la vérité, et les autres ayant compris qu’ils n’ont aucun intérêt à la dire, on voit un tas de gens qui passent leur temps à tromper et à se tromper.

Celui qui veut véritablement évoluer ne trompe pas les autres pour les amadouer ; et surtout, il accepte les observations et les critiques. Et même s’il est vraiment sage, il comprendra qu’il est utile d’avoir des ennemis. Pourquoi ? Pour pouvoir progresser. Vous direz : "Mais des ennemis, on en a, parfois on en a même beaucoup" Oui, on en a, mais on n’en tire aucun profit, car on n’a pas encore compris que ce sont eux les véritables amis. Pourquoi ? Parce qu’ils sont impitoyables, ils ne vous épargneront rien, ils souligneront tout ce qui ne va pas. Vous direz : "Mais souvent ils exagèrent". Oui, c’est vrai, mais ça ne fait rien, ils vous servent de microscope, et c’est très utile parfois, les microscopes ; les scientifiques s’en servent tous les jours. Cela permet de voir des détails qui, sans cela, passeraient inaperçus. Donc, si vous voulez vraiment votre avancement, vous devez accepter l’idée que, pour cela, vos ennemis sont souvent plus tuiles que vos amis. C’est eux qui vous obligent à travailler, à vous corriger, à trouver des solutions aux problèmes qu’ils vous posent et ainsi, grâce eux, vous devenez plus fort, plus intelligent.

Il faut bien comprendre le rôle des ennemis. Si on ne le comprend pas, on les déteste, on souffre, on tâche de se venger, de se débarrasser d’eux et alors, que de temps et d’énergies perdus. Et pourtant, même parmi les gens les plus intelligents, on constate que très peu savent accepter leurs ennemis pour devenir plus forts, la plupart pataugent dans la faiblesse ; ils ne se rendent pas compte qu’avec le soutien de leurs amis, ils deviennent de plus en plus fragile set vulnérables. Eh bien, moi je vous dirai que si j’ai appris quelque chose d’important dans ma vie, c’est à apprécier les ennemis. Oui, je trouve qu’ils m’ont rendu des services formidables. Ah, les ennemis, c’est quelque chose ! Malheureusement, on ne les estime jamais à leur juste valeur.

On élève des statues à ceux que l’on considère comme des bienfaiteurs ; parce qu’ils ont sauvé la patrie,  fait des découvertes dans les domaines scientifique, médical, qu’ils ont été de grands poètes, de grands philosophes, etc… on les place sur un piédestal. Et on a raison, bien ^sur. Pourtant, je trouve que c’est à nos ennemis que nous devrions dresser les plus belles statues, car ce sont eux nos véritables bienfaiteurs ; ils nous obligent à progresser. Vous trouvez que ce n’est pas sérieux ? Eh bien, trouvez ce que vous voulez, mais tout de même, tâchez de réfléchir un peu à ce que je vous dis : ne pas fuir ses ennemis, ne pas les détester non plus, mais se demander comment on peut les utiliser pour devenir plus vigilant, plus intelligent, plus patient et plus fort.

Pourquoi Jésus a-t-il dit : "Si quelqu’un te frappe sur une joue, présente-lui aussi l’autre " ? Depuis des siècles, beaucoup ont interprété ces paroles comme un encouragement à la résignation, à la passivité, donc à la faiblesse, et ils en ont conclu que le christianisme était une religion pour les femmes et les esclaves ; d’autres y ont trouvé une exhortation au martyre. Eh bien, dans les deux cas, ce sont des interprétations erronées.

Les paroles de Jésus ne signifient pas qu’on doive toujours rester passif sous les insultes et les mauvais traitements, toujours accepter, se soumettre, supporter jusqu’à finir par disparaître.. Etre passif, soumis, se laisser massacrer, bien sûr, quand on n’a pas la lumière, c’est tout ce qui reste à faire. Mais il n’est nulle part écrit que les sages, les Initiés, les fils de Dieu doivent dépendre du bon vouloir des imbéciles, des malhonnêtes et des méchants. Cette morale des gens ignorants et faibles n’est pas la vraie morale du Christ. La morale du Christ est celle de la force, mais la force de l’esprit. C’est pourquoi Jésus disait aussi : "Vous êtes le sel de la terre t si le sel perd sa saveur, il n’est bon qu’à être foulé aux pieds". Cela signifie que si vous perdez "le sel", la force de l’esprit, vous serez piétiné par les événements et les humains jusqu’à ce que vous la retrouviez à nouveau. Il n’a pas été décrété qu’on doive toujours être piétiné, mais quand on perd sa puissance spirituelle, fatalement on est à la merci de n’importe qui et de n’importe quoi.

Quand Moïse a enseigné la loi de justice : "Œil pour œil, dent pour dent", c’était déjà un progrès, car même imparfaite, la justice représente toujours un progrès sur l’injustice, et combien encore ne sont pas capables d’en respecter les règles les plus élémentaires. Puis Jésus est venu pour insister sur des qualités et des vertus qu’on avait jusque-là négligées : l’indulgence, la clémence, la miséricorde… et c’est sur ces vertus qu’il faut maintenant se concentrer. La nouvelle morale qu’apportait Jésus devait encourager les humains à développer les qualités du cœur. Mais développer les qualités de cœur ne signifie pas nécessairement négliger celles de l’intelligence. Et être intelligent ne signifie pas rejeter l’amour. Au contraire, il faut que l’amour et l’intelligence s’associent pour trouver les meilleures solutions, en abandonnant, en laissant un peu de côté les idées traditionnelles de justice.

Vous direz : "Oui, mais il faut quand même faire appliquer la justice – Bon, admettons, quelqu’un vous a fait du mal, mais est-ce que vous pouvez savoir exactement d’après la Justice qu’elle punition il mérite ? – Bien sûr, il m’a donné une gifle et je vais la lui rendre. – D’accord, mais est-ce que vous saurez lui rendre exactement la même ? Non". Et pour toutes les autres formes de préjudices, offenses et agressions, vous ne saurez pas rendre exactement le mal que vous avez reçu, et aucun tribunal non plus. Alors, ne vous mêlez pas de rendre le mal, laissez cette affaire au Ciel qui sait donner à chacun ce qu’il mérite ; sinon, dans votre ignorance, vous allez commettre des erreurs que vous devrez réparer un jour. Cela signifie que vous rencontrerez à nouveau cotre ennemi sur votre chemin et que vous aurez bien encore des problèmes avec lui.

Rien n’est plus difficile que de rendre la justice. Dans "Le Marchande de Venise", Shakespeare développe cette idée d’une façon très originale. L’usurier Shylock a prêté au marchand Antonio la somme de trois mille ducats en précisant sur le contrat que si, à la date fixée, i ne peut lui rendre cette somme, lui, Shylock, sera autorisé à prélever sur le corps d’Antonio une livre de chair. Le jour venu, Antonio, dont les vaisseaux ont fait naufrage avec tous ses biens, ne peut rendre la somme à Shylock qui le traîne devant le tribunal en réclamant la livre de chair qui lui est due. Aucune prière ne peut apitoyer Shylock et le tribunal va être obligé de faire exécuter la sentence. Mais voilà qu’un juge (qui est en réalité une jeune femme déguisée) intervient : il réclame une balance, demande à Antonio de découvrir sa poitrine, et à Shylock de retirer la livre de chair ; mais, précise-t-il, sans verser une goutte sang puisque le contrat ne mentionne que la chair : s’il fait couler une seule goutte de sang, sa fortune sera confisquée. Bien sûr, Shylock a peur et veut retirer sa plainte. Mais le juge insiste, en ajoutant encore : "Si tu diminues ou augmentes ne serait-ce que de la valeur d’un cheveu le poids de chair convenu, tu mourras". Shylock a évidemment encore plus peur… Et finalement tout s’arrange grâce à la sagesse de cette jeune femme qui avait compris combien la justice humaine est imparfaite.

Lorsque vous subissez une injustice, vous devez riposter, mais avec une telle lumière, un tel amour que votre ennemi sera foudroyé… c'est-à-dire transformé ! Pas anéanti, pas massacré, non : régénéré ! Au lieu de l’assommer ou de l’éliminer, vous le vivifiez, c’est à dire vous l’amenez, lui aussi, vers l’amour et la lumière. C’est ainsi que vous devenez un véritable héros, un véritable fils de Dieu.

Quel que soit le mal que vous fassent les humains, il ne faut pas penser à la vengeance, mais il ne faut pas non plus accepter la situation de vaincu, il faut apprendre à se défendre en devenant comme le soleil : projeter une telle lumière qu’ils soient éblouis, aveuglés. Oui, les aveugler et ensuite leurs ouvrir  les yeux comme jésus l’a fait avec Saül sur le chemin de Damas quand il allait massacrer les chrétiens : une projection de lumière qui lui a fait perdre la vue, mais pour lui donner une vision meilleure. L’enseignement du Christ est l’enseignement de l’amour, mais pas cet amour stupide qui vous maintient dans la faiblesse, à la merci des gens violents et cruels. Le véritable amour est fort parce qu’il est soutenu par la Lumière.

Jésus n’a pas dit qu’il faudra toujours se laisser massacrer. Non, il faut apprendre à être plus fort que son ennemi. Si par un geste, par un regard, par une vibration divine, vous lui faites sentir la supériorité  de l’esprit, est-ce que ce n’est pas mieux ? Bien sûr, c’est beaucoup mieux, mais les humains n’ont encore jamais eu l’ambition de le souhaiter. Et moi, c’est justement cette ambition que je veux leur donner. Quand parviendront-ils à la réaliser ? C’est une autre question. Mais au moins, qu’ils aient ce désir, car ils ne feront rien de vraiment bénéfique dans le monde en étant toujours passifs, conciliants.

La non-violence n’est véritablement une solution qu’à condition que l’humanité tout entière soit résolue à embrasser cette philosophie, sinon il y aura toujours quelques voisins ambitieux et cruels pour se dépêcher d’anéantir les pauvres malheureux qui ont décidé de ne pas se défendre. La non-violence est une philosophie qui est bonne pour celui qui veut dompter sa nature inférieure, se sacrifier et évoluer ainsi plus rapidement ; mais au niveau d’un pays tout entier elle est dangereuse, et en tout cas elle ne peut pas résoudre le problème de la guerre dans le monde. Un peuple attaqué par les armes et qui décide de ne pas se défendre par les armes sera rapidement anéanti, économiquement et physiquement. Pour être vraiment efficace, il faut que la philosophie de la non-violence devienne collective, mondiale, universelle, qu’elle se répande dans l’humanité tout entière, qu’elle ne reste pas seulement dans la tête de certains idéalistes.


L’homme possède en lui-même une forteresse avec des canons, avec des mitrailleuses qui crachent le feu : c’est le domaine de la lumière. Donc, quand des ennemis vous attaquent, qui vous empêchent de braquer tous ces engins sur eux et de projeter la lumière ? Vous ne les tuez pas, vous ne leur faites pas de mal, vous les transformez en chassant les éléments nocifs de leur tête et de leur cœur. On vous a enseigné pendant des siècles à ne pas répondre aux offenses. Oui, ne pas répondre de la même façon, mais il faut répondre… répondre autrement. C’est cela "tendre l’autre joue". 

Omraam.