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samedi 10 août 2013

A travers l’humain


Un des rares points positifs que le défi transhumaniste et les nouvelles technologies nous posent, est qu’ils nous obligent à nous questionner sur le fondement de nos croyances, de nos espérances et de nos valeurs. Le transhumanisme n’est peut-être pas une religion au sens conventionnel du terme, mais comme une religion, il nous offre quelque chose en quoi nous pouvons mettre notre foi et notre confiance. Comme la religion, il nous promet transcendance, mais à la différence de celle-ci, cette transcendance est acquise à travers nos propres moyens technologiques, et non à travers Dieu. La question se pose donc : faut-il mettre notre espérance, confiance, et foi en la vision du monde transhumaniste ou devons-nous faire la différence entre le « physique » et le spirituel, soit pour le croyant entre le corps et l’âme et là le transhumanisme n’apporte pas de réponse.

Nanotechnologies, biologie synthétiques, informatique et cognition. Les récentes avancées de la recherche sont suffisamment impressionnantes pour apporter leur lot d’idées et de mythes. Toutes ces technologies se complètent et se mêlent, et leur hybridation se manifeste à tous les niveaux. Ce métissage des technologies, c’est ce qu’on nomme la « convergence ».
Pour certains enthousiastes comme Ray Kurzweil, nous sommes au bord d’une révolution à côté de laquelle l’apparition de la civilisation à Sumer fait figure de fait-divers. D’autres, comme Francis Fukuyama, considèrent le transhumanisme comme « l’idée la plus dangereuse du monde ». En effet, raisonne-t-il si on commence à altérer la nature humaine, il n’existe plus de projet universel, donc plus de fin de l’histoire à atteindre, et surtout plus d’éthique universelle. Quoiqu’il en soit le problème est vaste. Il est probable que les découvertes vont altérer considérablement l’homme, la société, et même l’environnement terrestre. Et si l’éthique d’une société posthumaine ne pouvait être mise en place que par des intelligences posthumaines ?

Dans une perspective transhumaniste, dans quelle nature allons-nous évoluer ? La place de la « nature » qui environne l’humain devra rester ce qu’elle est depuis toujours, un cocon qui nous est absolument nécessaire pour survivre et nous développer, une maison qui nous protège et dont nous devons respecter ou maintenir les équilibres à force d’écologie. Certains apprentis sorciers veulent aussi transformer la nature par la géo-ingénierie comme par exemple changer le climat, ce qu’ont fait les Chinois pour les Jeux olympiques de Pékin
Devenir immortel ! Dépasser les limites de son individualité, être qui bon nous semble. On sait que le « souhait de devenir immortel » n’est pas « au coeur » de la pensée transhumaniste, il l’est au coeur de la pensée humaine depuis au moins le mythe de Gilgamesh, la plus ancienne trace d’écriture que nous possédions. Cela ne m’étonne guère, parce qu’il me semble que tout notre être est tourné contre cette perspective insupportable que nous est la perspective de la mort.

Nous devons cependant nous méfier d’une nouvelle forme d’eugénisme qui, sous prétexte de régler une anomalie, développe dans les faits une sélection non naturelle.

La différence est fine entre un eugénisme négatif - penser à l’aryen du IIIe Reich - et la sélection positive pour corriger ou éviter une anomalie génétique Ce que le IIIe Reich voulait faire brutalement, la technique le fait d’une façon soft. Est-ce alors la fin de l’homme au profit de nouvelles espèces ; les esclaves, les seigneurs...? A titre d’exemple, aux États-Unis, plus de 1300 brevets portent directement sur des cellules souches plus ou moins modifiées. Le brevetage du vivant est une réalité. Pour Hervé Chneiweiss, le formatage systématique des individus et la « nouvelle forme d’eugénisme » promus par « l’idéologie productiviste » sont aussi les signes d’un « corps social malade ».

Les religions, devraient - de mon point de vue - montrer que la transcendance n’interdit pas d’aller vers la science pour réparer le corps, mais que l’existence de l’homme est un miracle non seulement en termes d’insufflation de la vie mais même au vu des millions de contraintes physico-chimiques surmontées pour qu’il naisse. Se substituer au divin - pour les croyants -, cela devrait être autre chose.

Nous attendons l’argumentaire des religieux de toutes les religions notamment des oulémas « officiels » plus promptes à dégainer l’anathème ou l’arme fatale de la fetwa ( avis religieux) que de proposer une alternative à des croyants en perte de repère et perturbés dans leur foi par une science, qui par ses avancées, ne s’arrête pas de conquérir et d’offrir des « miracles » à l’homme qui investit plus dans le temporel que dans le spirituel.


Chems Eddine Chitour