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jeudi 29 août 2013

L’engendrement des mondes



« Au commencement, écrit Moïse, Dieu créa les cieux de la terre. La terre était informe et vide ; il y avait des ténèbres à la surface de l’abîme et l’esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux. Dieu dit : Que la lumière soit ! Et la lumière fut ».

Plusieurs siècles après Moïse, c’est saint Jean qui écrit : « Au commencement était le Verbe et le Verbe était avec Dieu et le Verbe était Dieu, il était au commencement avec Dieu. Toute chose a été faite par lui et rien de ce qui a été fait n’a été fait sans lui. En lui était la vie et la vie était la lumière des hommes ».

Comme Moïse, saint Jean situe son livre « au commencement » ; il reprend l’idée essentielle du début de la Genèse : la création du monde par le Verbe divin, puisque Dieu a parlé pour faire apparaître la lumière, et il lie l’idée de vie à celle de lumière.

Pour révéler les mystères de l’univers, les Initiés ont toujours été obligés d’utiliser les mots du vocabulaire concret et les images de la vie courant, mais comment ont-ils été compris ? Les gens soi-disant sensés, rationnels, n’ont souvent vu dans les Livres sacrés qu’un ramassis d’histoires à dormir debout. Evidemment, quand on a perdu les clés de l’interprétation des symboles, les récits bibliques de la création du monde n’ont pas grand sens. Mais celui qui veut faire l’effort de comprendre sent peu à peu tout ce que la science des Initiés peut apporter à son âme et à son esprit.

Pour essayer d’avoir une idée de cette région que les kabbalistes appellent Aïn Soph Aur, lumière sans fin, il faut commencer par prendre conscience du caractère relatif de ce que nous, les humains, appelons généralement Lumière. Dans l’Egypte ancienne, lorsque l’adepte atteignait le dernier degré de l’Initiation, le grand-prêtre lui chuchotait à l’oreille « Osiris est un dieu noir… Osiris est ténèbres, trois fois ténèbres…. » Comment Osiris, Dieu de la lumière et du soleil, pouvait-il être associé au noir et aux ténèbres ? parce que c’est l’intensité même de la lumière qui produit sur ceux qui ne peuvent la concevoir une impression d’obscurité. Pourquoi parle-t-on d’une « lumière aveuglante » ? Apparemment il y a contradiction, mais en réalité non. Des mystiques ont eux aussi parlé de « la ténèbre divine ».

Dans le plan physique, déjà, nous n’appelons lumière que ce que nos yeux peuvent discerner. Là  où ils ne peuvent rien percevoir, nous disons qu’il y a  obscurité. Mais tout cela est relatif, ne serait-ce même qu’en comparaison avec certains animaux qui, eux, y voient clair dans la nuit. Et dans le plan intellectuel, si rien n’a préparé les lecteurs à comprendre la pensée d’un très grand philosophe ou d’un très grand savant, quelle que soit la lumière qu’il est en train de projeter sur certaines questions, tout cela reste obscure pour eux ; et on peut même dire que plus sa pensée est lumineuse, plus elle devient obscure pour eux. Les mots « ténèbres », « obscurité » ne sont pas utilisés là pour définir objectivement une réalité, mais pour exprimer notre incapacité à la concevoir. Et ce que nous appelons lumière correspond à une réalité qui se trouve davantage à notre portée. C’est pourquoi on peut dire que, pour  nous, la lumière sort toujours des ténèbres.

Si Dieu a dit : « Que la lumière soit ! » cela ne signifie pas qu’auparavant régnaient les ténèbres, mais que la lumière existait sous une forme que nous ne pouvons pas nous représenter ; Aïn Soph Aur, l’Absolu, le Non-manifesté qui restera toujours pour nous un mystère. Et pour mieux exprimer encore ce mystère de la Divinité, au-delà d’Aïn Soph Aur les kabbalistes ont conçu une région qu’ils ont appelée Aïn Soph : sans fin, et encore au-delà d’Aïn Soph, Aïn ; sans. A l’origine de l’univers il ya donc une négation. Mais « sans », qui signifie absence, manque, ne signifie pourtant pas une non-existence. Aïn n’est pas le néant absolu tel que certains ont imaginé faussement le Nirvâna des hindous. En fait, c’est exactement l’inverse. Aïn Soph Aur, de même que le Nirvâna des hindous, n’est pas une non-existence mais une vie au-delà de la création, de la manifestation.

Il est donc erroné de prétendre que Dieu a créé le monde « ex nihilo » : à partir de rien ; car « rien » n’existe pas. « Rien » correspond à cette réalité que les kabbalistes appellent Aïn Soph Aur. Et dire que Dieu a « parlé » n’est qu’une façon d’exprimer l’idée que, pour créer, Il a projeté quelque chose de Lui-même. Il a voulu sortir de son état primordial d’indifférenciation dans l’immensité infinie afin de se manifester, et cette première manifestation a été la lumière. Or, toute création suppose une limitation et pour créer, Dieu s’est donc imposé des limites. L’Absolu, l’Inexprimable, l’Inconnaissable, Aïn Soph Aur, est sorti de cette immensité, de cet état indescriptible d’existence subtile où Il se trouvait pour former un réceptacle qu’Il a rempli de ses émanations ; ce réceptacle était Kéther, la première séphira.

A partir de Kéther on peut donc dire que toute la création n’est qu’une succession de jaillissements, de débordements de la lumière originelle. Car Kéther ne suffisait pas pour contenir ce flot formidable de la lumière divine ; elle a donc débordé et en débordant elle a engendré Hohmah qui à son tour, a débordé et a engendré Binah. Puis Binah en débordant a engendré Hessed et Hessed a engendré Guébourah. Au fur et à mesure qu’elle descendait pour donner naissance à des mondes nouveaux, l’émanation divine est devenue de plus en plus dense. C’est toujours la même quintessence, mais de plus en plus condensée pour réaliser un autre travail.

D’émanation en émanation, Dieu a donc créé toutes les régions de l’espace, les séphiroth, et la vie continue à couler de la Source infinie. Car pour que Kéther fasse jaillir la vie, il faut qu’elle la reçoive de plus haut, et elle la reçoit de Aïn Soph Aur ; Aïn Soph Aur la reçoit de Aïn Soph et Aïn Soph de Aïn, l’Absolu, le Non-manifesté, l’absence qui attend le moment de devenir présence…….


En Dieu il existe donc une relation ininterrompue entre l’Absolu et le Manifesté ; c’st ainsi que les éléments nouveaux s’introduisent sans cesse dans l’univers. L’univers est une création continue et sa matière augmente et se transforme sans cesse. Retenez surtout que la vie n’est qu’un jaillissement, un débordement et un transvasement d’énergies. C’est pourquoi, même si les kabbalistes se sont servis de l’arbre pour donner une image de l’univers et de sa création, on trouve aussi dans la tradition kabbalistique l’image du fleuve de vie qui jaillit de la Source divine et descend pour alimenter toutes les créatures. Il faut donc garder à l’esprit qu’il ne s’agit que d’images destinées à traduire des aspects de la réalité. La réalité elle-même est toujours beaucoup plus complexe et, pour la comprendre, il est nécessaire d’y introduire sans cesse de nouveaux éléments.